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Les Travaux d’Albert II

Souvenir d’un passé récent, lorsque je m’intéressais encore aux affaires de mon pays.

Extrait de Monaco Hebdo n° 491 – 17/23 novembre 2005

Le texte qui suit est une commande que m’a passée Didier Laurens, alors rédacteur en chef de Monaco Hebdo, à l’occasion des fêtes de l’Intronisation du Prince Albert, le 19 novembre 2005.

Durant une brève période, au début du règne du nouveau souverain, nous avons eu, à Monaco, une presse libre. Cela n’a pas duré. Didier Laurens, comme sa consœur de l’Observateur de Monaco Catherine Bonifassi, ont été bien vite remerciés…

Les textes en italiques sont extraits du discours prononcé par Albert II, sur la Place du Palais, lors des fêtes marquant son avènement, le 12 juillet 2005.

Les Travaux d’Albert II

Je souhaite… pour Monaco et ses habitants une société modèle, un modèle de société.

Monseigneur,
Le 12 juillet, Vous avez affirmé une forte ambition pour Monaco. Nous en sommes fiers et souhaitons Vous aider à la réaliser. Car, « rien de grand ne peut être accompli sans l’implication de tous ». Mais, aujourd’hui, la société monégasque est bloquée, beaucoup de bonnes volontés sont inhibées.
Hercule, dit-on, a fondé Monaco. Après les fastes de l’Intronisation, il Vous faut, je le crains, Monseigneur, revêtir la peau de lion et accomplir quelques Travaux. Afin de déblayer les chemins de vertu et d’excellence.
Médisance, rumeurs, langue de bois… Comme celle de Lerne, l’hydre monégasque est prolifique. Ses têtes poussent avec une aisance déconcertante. D’une efficacité redoutable, elle sait circonvenir même les plus avertis. Elle sait aussi, parfois, habileté suprême, mettre de son côté le Souverain…
À Monaco, les « casseroles » naissent par génération spontanée. Tout un chacun, surtout s’il a de la valeur, du talent, des projets ambitieux, des idées novatrices, peut s’en trouver une ribambelle accrochées à son arrière-train avant d’avoir eu le temps de dire « ouf » ! Ainsi, les intrigants, les falots, les rapaces, peuvent continuer à faire leurs petites affaires et se partager la meilleure part du « gâteau Monaco ».
Une sorte de Gorgone tient sous son regard nombre d’habitants de ce pays, qui en sont comme pétrifiés. Soyez aussi un peu Persée, Monseigneur. Libérez les initiatives. Que les nombreuses potentialités locales s’expriment et s’épanouissent. Elles n’attendent que cela ! Et Monaco en profitera.
Affairisme, clientélisme, népotisme, absence de civisme… Il y a quelque chose de pourri au royaume de Monaco. Quelques taureaux de Crète, aidés d’un sanglier d’Erymanthe, ravagent les rivages de notre beau pays – qui, de leur fait, l’est un peu moins.
Comme Hercule qui détourna les cours de l’Alphée et du Pénée pour nettoyer les écuries d’Augias, Il Vous faut, Monseigneur, et Vous en avez arrêté le dessein, faire se déverser sur Monaco le fleuve d’Éthique. Mais aussi ceux de Probité, de Discernement, de Courage, de Concorde…
Ses princes ont su accueillir à Monaco les pommes d’or de multiples jardins des Hespérides. Pour atteindre les objectifs que Vous lui avez fixés, le pays a besoin d’en attirer de nouvelles – certaines, d’ailleurs, aux couleurs locales. S’il ne sait pas leur offrir l’hospitalité, les loger, les protéger de la jalousie et des brimades, elles repartiront. Nous en avons de récents et malheureux exemples.
La médiocrité relève la tête… Coupez-la vite, Monseigneur, et amendez notre sol, arrachez les mauvaises herbes. Sinon les fruits resteront stériles. Ils risquent même de se gâter.
Homère pimenté d’un zeste de Perrault : il Vous faut aussi, Monseigneur, réveiller la « Belle au bois dormant », l’Administration monégasque, qui, quand elle ne dort pas, traîne les pieds tant qu’elle peut – et là aussi, bien des talents ne demandent qu’à se manifester.
De rudes Travaux, certes, mais qui mobiliseraient derrière Vous, Monseigneur, avec enthousiasme et détermination, la meilleure part de notre communauté.
Tel Éole, gonflez fort Vos poumons, Monseigneur, et envoyez sur ce pays un grand souffle purificateur pour le débarrasser de tous ces miasmes délétères qui empestent son atmosphère.
Afin qu’y règne cette lumineuse transparence qui baigne nos belles matinées d’hiver.
Afin que le soleil luise dans le cœur des Monégasques aussi souvent qu’il brille dans leur ciel.
Et, alors, Monaco deviendra « un pays producteur de modèles ».

BernardVatrican

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